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Prime de vacances Syntec : comment la réclamer et obtenir son paiement ?


Résumé : Vous travaillez dans une société couverte par la convention collective dite Syntec ? Votre employeur vous doit une prime de vacances.


Or, beaucoup de salariés ne la perçoivent jamais, ou reçoivent une prime insuffisante. Voici tout ce que vous devez savoir pour faire valoir vos droits — et comment l'obtenir.



Qu'est-ce que la prime de vacances Syntec ?


La prime de vacances de la convention collective Syntec (convention collective nationale des bureaux d'études techniques, des cabinets d'ingénieurs-conseils et des sociétés de conseils du 15 décembre 1987) est une prime obligatoire prévue à l'article 31 de la convention.


Elle est due à tous les salariés sans exception — cadres, ETAM, CDD, temps partiel.


Son montant minimal correspond à 10 % de la masse globale des indemnités de congés payés versées à l'ensemble du personnel de l'entreprise sur l'année.


Point clé : Ce n'est pas un avantage facultatif, c'est un droit. Le non-versement de la prime constitue une faute de l'employeur susceptible d'ouvrir droit à des rappels de salaire sur plusieurs années.


Qui est concerné par la convention Syntec ?


La convention Syntec (IDCC 1486) s'applique aux entreprises dont l'activité principale relève notamment :


  • des bureaux d'études techniques (ingénierie, études, conseil en ingénierie)

  • des ESN / SSII (entreprises de services du numérique)

  • des cabinets de conseil

  • des sociétés de conseil en ressources humaines et en recrutement

  • des entreprises de sondages et enquêtes


Si votre fiche de paie ou votre contrat de travail mentionne la convention Syntec — ou si votre secteur d'activité correspond à l'une de ces catégories — vous êtes très probablement concerné.


Quel est le montant de la prime de vacances Syntec ?


La formule de base (avant avenant n° 46 du 16 juillet 2021)

L'article 31 dans sa rédaction historique prévoit que la prime représente au moins 10 % de la masse globale des indemnités de congés payés de l'ensemble des salariés. Cette masse est ensuite répartie entre tous les salariés selon les modalités choisies par l'entreprise.


Les nouvelles règles depuis l'avenant n° 46 du 16 juillet 2021


L'avenant de 2021 a introduit à l'article 7.3 plusieurs modes de répartition possibles (sous réserve du respect du principe d'égalité de traitement) :


  1. De façon égalitaire entre tous les salariés ;

  2. Au prorata du salaire, avec majoration possible pour enfant à charge ;

  3. Par majoration de 10 % de l'indemnité de congés payés individuelle versée à chaque salarié ;

  4. Au prorata du temps de présence pour les entrées et sorties en cours d'année.


En l'absence de règle dans l'entreprise : c'est le juge qui fixe le mode de calcul et le montant de la prime de vacances


La Cour de cassation a tranché une question importante dans un arrêt du 1er avril 2026 (n° 24-12.540) : lorsqu'aucune modalité de répartition n'est en vigueur dans l'entreprise, c'est au juge de fixer lui-même le montant, selon le mode de calcul qui lui paraît le mieux correspondre à l'objet de la prime. En pratique, les juridictions retiennent généralement la méthode de la majoration de 10 % de l'indemnité individuelle de congés payés.


Les pièges classiques : quand l'employeur ne paie pas vraiment la prime


Le 13ème mois n'est pas (toujours) une prime de vacances

C'est l'un des litiges les plus fréquents. Beaucoup d'employeurs tentent d'assimiler le 13ème mois — ou une fraction de celui-ci versée en juin — à la prime de vacances Syntec.


La Cour de cassation a sévèrement sanctionné cette pratique.


Dans deux arrêts du 21 juin 2023 (n° 21-21.152 et 21-21.151, affaires Technip France), la chambre sociale a posé le principe suivant :


Lorsque le treizième mois constitue, non une prime, mais une modalité de paiement du salaire, son versement ne saurait valoir prime de vacances au sens de l'article 31.

En clair : si la rémunération annuelle de votre entreprise est structurée sur 13 mois — c'est-à-dire si le 13ème mois fait partie de votre salaire annuel brut —, ce versement ne peut pas être déguisé en prime de vacances. La prime de vacances doit être un élément distinct et supplémentaire à la rémunération de base.


À vérifier sur vos bulletins de paie : Le 13ème mois apparaît-il comme une fraction de votre salaire annuel, ou comme une prime nommée distinctement ? La différence peut représenter plusieurs milliers d'euros de rappel.


Une prime insuffisante

Même lorsque la prime est versée, son montant peut être insuffisant au regard de la règle des 10 % de la masse globale. C'est un calcul qui nécessite d'avoir accès aux données de l'ensemble du personnel — ce que le salarié n'a généralement pas. Un avocat peut forcer la communication de ces éléments dans le cadre d'un contentieux.


La prime et les heures supplémentaires

Autre enjeu méconnu : si vous avez accompli des heures supplémentaires qui n'ont pas été payées, la prime de vacances est également due sur ce rappel. En effet, la prime de vacances Syntec est calculée sur la base des indemnités de congés payés, lesquelles sont elles-mêmes assises sur la rémunération totale — heures supplémentaires comprises.

La Cour de cassation l'a rappelé dans deux arrêts du 10 septembre 2025 (n° 23-14.455/457/458 et n° 23-14.456, affaires Altran Technologies) : la prime de vacances doit être recalculée dès lors que les heures supplémentaires sont reconnues, car les congés payés afférents à ces heures entrent dans l'assiette.


Quelle est la prescription applicable ?


La créance de prime de vacances est une créance salariale soumise à la prescription de 3 ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son action (article L. 3245-1 du Code du travail).


Concrètement, si vous saisissez le conseil de prud'hommes en 2026, vous pouvez réclamer les primes non versées depuis 2023 — et potentiellement depuis la date à laquelle la convention Syntec a commencé à vous être applicable si elle est plus récente.


Attention : La prescription commence à courir à la date à laquelle la prime aurait dû être versée (en principe entre le 1er mai et le 31 octobre). Chaque année non payée constitue un point de départ distinct.


Comment réclamer la prime de vacances Syntec ?


Étape 1 — Vérifier l'applicabilité de la convention

Consultez votre contrat de travail et vos bulletins de paie. La convention applicable y est normalement mentionnée. À défaut, vérifiez si l'activité principale de votre entreprise relève du champ d'application de la convention Syntec.


Étape 2 — Constituer vos preuves

Rassemblez :

  • Vos bulletins de paie des 3 dernières années (ou plus si possible)

  • Votre contrat de travail et ses avenants

  • Tout accord d'entreprise relatif à la rémunération ou aux avantages

  • Vos relevés de congés payés


Étape 3 — Calculer votre préjudice

En l'absence d'accord d'entreprise ou de pratique établie, le calcul de référence est la majoration de 10 % de vos indemnités de congés payés individuelles versées chaque année. Sur 3 ans, le montant peut rapidement atteindre plusieurs milliers d'euros.


La prime de vacances peut-elle justifier une prise d'acte de rupture ?


Oui, dans certains cas. Si le non-paiement de la prime de vacances s'inscrit dans un contexte de violations répétées de la convention collective (non-respect du salaire minimum conventionnel, absence de maintien de salaire en cas de maladie, etc.), la Cour de cassation a admis que ces manquements pouvaient justifier la requalification d'une démission en prise d'acte de rupture aux torts de l'employeur — avec les conséquences d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.


C'est ce qu'illustre l'arrêt du 1er avril 2026 (n° 24-12.540, Cabinet Bringer) : la Cour a confirmé que le non-respect de la convention collective — incluant le non-paiement de la prime de vacances — constituait un manquement suffisamment grave pour justifier la prise d'acte, dès lors qu'il s'insérait dans un contexte global de conditions de travail dégradées.


Jurisprudence de référence

Date

Référence

Enseignement principal

1er avril 2026

Cass. soc. n° 24-12.540

En l'absence de mode de répartition dans l'entreprise, le juge fixe lui-même la prime (10 % des CP individuels). Le non-paiement peut justifier une prise d'acte.

10 sept. 2025

Cass. soc. n° 23-14.455/457/458 et 23-14.456

La prime de vacances doit être recalculée sur la base des heures supplémentaires reconnues (congés payés afférents inclus).

21 juin 2023

Cass. soc. n° 21-21.152 et 21-21.151

Le 13ème mois qui est une modalité de paiement du salaire ne peut pas valoir prime de vacances Syntec.

Questions fréquentes


Mon employeur dit que ma prime de 13ème mois « inclut » la prime de vacances. Est-ce légal ?


Cela dépend de la nature réelle du 13ème mois. S'il constitue une modalité de versement de votre salaire annuel (votre rémunération brute annuelle est tout simplement divisée en 13 mensualités), la réponse est non. La Cour de cassation est constante sur ce point depuis les arrêts Technip de 2023 (Cass. soc. 21 juin 2023, n° 21-21.151).


Je suis en CDD chez un prestataire informatique. Ai-je droit à la prime ?


Oui. L'article 31 de la convention Syntec bénéficie à « l'ensemble des salariés », sans distinction de nature de contrat. Un salarié en CDD y a autant droit qu'un salarié en CDI.


La prescription de 3 ans s'applique-t-elle si j'ai quitté l'entreprise ?


Oui, vous pouvez en théorie remonter sur 3 ans pour réclamer le paiement de la prime de vacances.


Mon employeur verse une « prime de vacances » mais ne la calcule pas sur la masse

globale des CP. Que faire ?


Demandez à votre employeur la justification du calcul. S'il refuse ou si le montant est manifestement insuffisant, un avocat en droit du travail peut obtenir la communication des éléments nécessaires dans le cadre d'un litige.


Vous pensez que votre prime de vacances n'a pas été correctement versée ?


Ne laissez pas prescrire vos droits. La prescription triennale est impitoyable : chaque année qui passe, c'est une année de rappel en moins.


Notre cabinet analyse votre situation et vous conseille sur les chances de succès et les montants récupérables lors d'une consultation initiale. Nous intervenons en droit du travail pour les salariés et traitons régulièrement des litiges liés à l'application de la convention Syntec.


 
 
 

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